Lundi 2 mars 2009
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18:17
Cette pièce est une confrontation permanente entre le rêve et la réalité.
Devant scène se teint un homme élégant.
Le clochard « Pierrot dit 14-18 » s’éveille, défendant son territoire comme sa propre tranchée. Il agresse l’inconnu
verbalement !
Son langage est si intense que « l’homme » Jacques Tréval, comédien lassé de sa vie futile, cherche, fasciné, le moyen de pénétrer
dans l’univers fantastique du clochard ! Il simule le suicide en se jetant dans la Seine dégueulasse et se fait passer pour « Belzébuth » venu de l’enfer pour corrompre
l’irréductible Pierrot ! Tout à sa folie, le clodo l’identifie pour tel ! Persuadé de tenir « l’Hydre de guerre », il tente de l’abattre pour établir une paix éternellement
durable !
Dimension du sublime à travers un quotidien dérisoire! La mort s’auréole de ses rêves de gloire patriotiques ! Seule la mémoire est
invincible. Les forces divergentes soudent les deux hommes plus qu’elles ne les séparent. Les deux solitaires sont inconsciemment à la recherche d’une fraternité permise leur conférant une
dimension d’homme et leur donnant une raison d’exister. Ils deviennent frères d’âme dans un monde dissolu où tout les sépare !
Le troisième personnage « Lulu » est un travesti désœuvré sans option aucune ! Seule une amitié d’instinct la lie à Pierrot.
Médiatrice d’une solitude à l’autre, elle intègre l’embryon d’une humanité possible !
Confrontation étrange de trois générations dont les mentalités divergent ! L’amour interdit transpire entre les lignes.
Dénonciation de la haine borgne et de l’animalité des morts inutiles ! La foi des hommes en un idéal utopique ou véritable reste une force active qui génère le don de vie. Seul l’orgueil
subsiste. Ce témoignage d’un martyr ou d'une innocence outragée, au présent comme au passé , reste d’une actualité brûlante.
Pendant tout le spectacle le décor est toujours identique.
Bord de Seine, un banc, quelques cageots, sacs en plastique, bouteilles vides, vieux journaux ! Univers et champ de bataille de Pierrot.
Un caddie servant de refuge face à l’ennemi, sac à Pandore où dorment ses rêves : drapeau, vieux fusil. C’est sa mitraille…
Le déplacement du comédien est la conséquence de sa vie charnelle réfléchie par les sentiments qui l’animent.
La mutation successive des personnages confronte la réalité avec les rêves de Pierrot, allant de la violence physique à une
étreinte fraternelle imprévisible. La folie burlesque et visionnaire du poilu culbute le présent dans la dimension d’un champ de bataille où les hommes meurent abandonnés à
l’Histoire !
Belzébuth, lui, est le porte drapeau de la lucidité acerbe, témoignage occulte sur l’horreur des carnages. Le rêve de gloire des guerriers ne
finira-t-il qu’avec l’extinction de la race ?
Le verbe est rude comme est rude l’absurdité de la guerre et l’abandon de l’homme par l’homme.